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Vendredi 27 mars 2009: Rencontre sur Langues et Ecritures Minoritaires

Quel avenir pour les langues en « minorité » ?
La rencontre sur les langues en minorité s’inscrit dans les questionnements sur les choix linguistiques faits dans un processus d’adoption et de mise en valeur d’une langue donnée. Les langues « minoriseés » sont confrontées à plusieurs contraintes et doivent, pour passer de l’oralité à la standardisation, maîtriser et réussir plusieurs étapes.
Au delà des approches proprement techniques de mise en marche d’une langue, cette rencontre se propose de retracer la recherche de la cohérence et la démarche globale qui font qu’une langue n’est pas qu’un alphabet ou un lexique ; mais bel et bien un outil et un cadre au service d’une culture. La langue ainsi consolidée, adaptée, travaillée est un levier pour des savoirs spécifiques et pour des savoirs généraux.
L’objectif recherché est de donner une présentation académique qui puisse intégrer la démarche choisie par l’IRCAM pour capitaliser les acquis, tout en s’ouvrant sur les dynamiques que d’autres langues modernes ont suivi et intériorisé.
La rencontre donnera des illustrations techniques pour appuyer l’argumentation méthodologique et scientifique par laquelle l’AMAZIGH cherche à remplir les fonctions multiples et intégrées d’une langue moderne, une langue engagée dans un mouvement global, cohérent et interactif.
Intervenants
- Aicha BOUHJAR : Processus de standardisation de la langue amazighe au Maroc
- Siham BOUHLAL : Le rôle de la traduction dans la vivification des langues et cultures
- Henri GIORDAN : L’espace d’une écriture minoritaire
- Alain Di MEGLIO : La question linguistique corse : histoire et enjeux
Aicha BOUHJAR, Directrice du centre de l'aménagement linguistique-IRCAM entamera son intervention par une brève présentation de la situation sociolinguistique du Maroc et de l'énumération des changements en cours depuis la création de l'Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), l'intervention s'emploiera à exposer les travaux entrepris au sein du Centre de l'Aménagement Linguistique ( CAL ) et plus particulièrement des actions qui ont trait à l'aménagement de la langue amazighe au Maroc. L'accent sera mis sur la méthodologie adoptée et sur les défis à relever en vue de l'élaboration d'un amazighe standard à construire sur la durée.
Siham BOUHLAL, titulaire d’un doctorat en littérature de l’Université Paris-Sorbonne et médiéviste, elle se consacre à la traduction de textes médiévaux (Le livre de brocart ou la société raffinée de Bagdad au Xe siècle, Connaissance de l’Orient, Gallimard 2004) et à la composition et la traduction de poésies (Printemps des poètes à l’Institut du Monde Arabe, 2003 et 2004 ; Le récif de l’effroi de Yassin Adnan, Marsam, 2005 ; Pour une altérité féconde, éditions Paris-Méditerranée).
En Avril 2009 paraîtra une nouvelle traduction dans le domaine ancien : « L’art du commensal ou boire dans la culture Arabe » aux éditons Actes Sud. Elle travaille actuellement sur de nombreuses traductions et un récit personnel « La princesse Amazigh ».
Elle est l’auteur de trois recueils de poèmes :
- Poèmes bleus, en 2005 aux éditions Tarabuste,
- La tombe d’épines, en 2007 aux éditions Al Manar
- Corps Lumière, en 2008 chez le même éditeur.
En 2006 elle a participé aux côtés de Driss Benzekri et Carlos Freire, à l’élaboration de l’ouvrage : « Amazigh ou voyage dans le temps berbère », paru aux éditions Hazan à Paris.
En 2007 elle a pris part au séminaire « Femmes Marocaines et immigration : les femmes et la création » organisé par le Conseil Consultatif Des Droits de l’Homme au Maroc.
Henri GIORDAN: Ancien professeur de littérature française à l’université de Fribourg (Suisse), ancien directeur de recherche au CNRS et chargé de conférences à l’EHESS, Henri Giordan s’est spécialisé depuis plusieurs années, dans l’étude pluridisciplinaire des minorités linguistiques européennes.
Dès le début des années 1980, il s’est spécialisé dans l’étude des cultures minoritaires. Il est l’auteur du premier rapport officiel sur les langues et cultures régionales de France, Démocratie culturelle et droit à la différence : rapport présenté à Jack Lang, ministre de la Culture, Paris, La Documentation française, 1982. Il a effectué des missions d’expertise auprès du ministère français de la Culture, de la Commission européenne, de l’Unesco, de l’OCDE et du Conseil fédéral de la Confédération suisse.
Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur les minorités linguistiques.
- Par les langues de France, Centre Georges Pompidou, 1984
- Les minorités en Europe : droits linguistiques et Droits de l’Homme,
- Paris, Kimé (PUF), 1992
- Les sociétés pluriculturelles et pluriethniques, Unesco, 1994
- Le temps du pluriel : la France dans l’Europe multiculturelle, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 1999
- Les langues de la Méditerranée, Paris, L’Harmattan, 2002 (avec Robert Bistolfi)
- Les langues régionales ou minoritaires dans la République,
- Toulouse, IEO Éditions, 2003
- Romain Rolland et le mouvement florentin de « La Voce » : Correspondance et fragments du Journal.- Paris : Albin-Michel, 1966
- Paul Claudel en Italie : avec la Correspondance Paul Claudel - Piero Jahier. - Paris : Klincksieck, 1975.
En 2007, Il a créé avec le ministère de la Culture français, un portail internet, Langues d’Europe et de la Méditerranée (LEM), http://portal-lem.com/fr/index.html
Dans son intervention A. Giordan, s’interrogera, sur le choix que des poètes et écrivains font d’une langue minoritaire, en sacrifiant délibérément la recherche d’une audience importante. Les exemples de créateurs de premier plan ayant fait ce choix sont nombreux, de Robert Lafont ou Max Rouquette, en occitan à Ur Apalategui, en basque ou à Christine De Luca, poétesse des îles Shetland qui a choisi d’écrire en shetlandic, dialecte issu du norrois. Des créateurs non moins importants, de Joyce à Pasolini, qui ont refusé ce choix difficile ont gagné plus aisément l’audience d’un vaste public.
À partir de ce constat, il propose quelques pistes pour comprendre les raisons du choix d’une écriture minoritaire. Ensuite il va chercher à définir l’inscription de ces choix dans les systèmes de valeurs esthétiques contemporaines. Enfin il va conclure cette réflexion en posant les termes de la question centrale de cette problématique : comment pratiquer ce souci de l’identité en évitant le risque des pires régressions politiques ? Comment cultiver l’intimité originaire avec un idiome particulier en se préservant du « narcissisme collectif » (Adorno) d’une « métaphysique de la langue » ?
Alain Di MEGLIO est Maître de Conférences à l’Institut de Formation des Maîtres de l’Université de Corse. En tant qu’enseignant-chercheur, il a publié de nombreux articles dans diverses revues ou ouvrages sur le thème du plurilinguisme et de l’enseignement des langues régionales. Il est par ailleurs poète et écrivain de langue corse. Il participe activement à la revue de littérature corse Bonanova. Les poèmes de son ouvrage Migraturi (Migratures) ont fait l’objet de traductions en français, italien, espagnol et arabe.
Minorité linguistique de la France et de l’Europe, la Corse, île de la Méditerranée, est aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle sait le sens d’un engagement identitaire qui lui a permis d’accéder à diverses formes de reconnaissance ou de développement mais elle cherche son rôle, son espace et sa place dans les grands bouleversements de ce début de siècle. Dans un parti pris assez large qui oscille entre considérations sociolinguistiques et littérature, Alain Di Meglio va démontrer, tout au long de son intervention, d’abord le parcours difficile de la reconnaissance du corse. Ensuite il s’interroge sur les possibilités d’un avenir pour cette langue, et par là pour une langue minoritaire dans le monde d’aujourd’hui, dans les perspectives sociétales offertes par les approches les plus ouvertes, celles qui pourraient s’inscrire dans une gestion démocratique de la diversité.

